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Par AGIR - Nouvelle publication sur les plantes génétiquement modifiées

par Nicolas Demoures, le 07/06/06

 

 

En finir avec la querelle des OGM

 

(Article de AGIR, du 7.6.06)

 

Si les OGM sont mal acceptés, c'est parce que le public souffre d'une peur irrationnelle, notamment sur des questions de "pureté" et de "naturel". Le consommateur ne comprend pas toujours les enjeux, se laisse influencer par des idéologies plutôt que par des faits. Ce sont les thèses défendues par Jean-Paul Oury . L'épistémologue vise, dans son récent ouvrage "La querelle des OGM" (chez PUF, 2006, 306 pages), un véritable dialogue, basé sur une communication objective, nourrie d'un discours neutre, sans jugement de valeur. Pour l'historien des sciences, les OGM ne présentent pas de danger objectif et rien ne doit s'opposer au progrès. Il faut pratiquer la transgenèse d'une manière responsable, c'est-à-dire en appliquant le principe du cas par cas.

 

"Pour dépasser la dispute philosophique, il faudra mettre en place un discours neutre qui soit débarrassé le plus possible de notions philosophiques, c'est-à-dire un discours qui se passe de généralisations conceptuelles". Pour Jean-Paul Oury, il est impossible d'émettre un jugement général sur les plantes génétiquement modifiées (PGM); on ne peut émettre que des jugements particuliers sur des plantes.

L'ouvrage débute sur le risque de "l'exception culturale". Considérée comme "infanticide technique", voire "un malthusianisme barbare et criminel" (J.-P. Oury reprend ici des expressions utilisées par R. Ruyer dans Les nuisances idéologiques), cette exception pourrait freiner le développement du progrès et bloquer le changement social. "Bannir la transgenèse végétale et ses applications aurait des conséquences néfastes pour le pays qui a fait ce choix". Inversement, "imposer la transgenèse végétale sans discernement et indépendamment de bons ou mauvais résultats serait, serait sans aucun doute, aussi arbitraire".

 

Simple emprunt à Dame Nature

"La transgenèse végétale s'inscrit dans le cadre défini par les lois du vivant, perçu comme un ensemble regroupant aussi bien les espèces naturelles que celles issues de l'activité humaine. L'homme emprunte à la nature ses moyens pour continuer le processus de l'évolution". Pour l'auteur, il est clair que les PGM vont aider l'humanité à sortir de la crise alimentaire, en qualité comme en quantité et que la domestication des gènes via les modifications génétiques s'inscrit dans la ligne agronomique qui prévaut depuis les débuts du Néolithique: choix des lignées, sélection massale, hybridation…

Passant sous silence le fait que seulement cinq multinationales produisent de la semence OGM, l'auteur estime que: "La transgenèse est tout sauf une invention gratuite uniquement motivée par le profit. La création d'un nouveau marché est bien plutôt la conséquence de cette possibilité de repousser les limites de la technique".

A ceux qui s'étonnent qu'on trouve des spécialistes dans les deux camps, anti et pro-OGM, l'épistémologue donne deux raisons: appartenances à des "cultures scientifiques distinctes" et croyance à des "principes théoriques implicites".

Au chapitre du principe de précaution, on fait remarquer les deux usages de celui-ci: l'un -technique positif- accompagne la technologie dans ses différentes applications et établit des règles qui permettent d'institutionnaliser son développement, l'autre - critique négatif - se fixe pour objectif de stopper définitivement sa progression en exigeant le suivi de règles difficilement applicables telles que la possibilité de prouver le risque zéro, par exemple.

Nourrir les pays en voie de développement avec des PGM est une question de nécessité, le consultant, spécialisé en biotechnologie, en est convaincu. La première révolution verte a eu pour conséquence de réduire certaines famines dans le monde, la seconde aura comme objectif de nourrir le nombre croissant des individus pour les années à venir tout en faisant face à un nouvel obstacle: la réduction de la surface des terres arables. "La transgenèse végétale ne serait pas crédible si cette technologie n'était pas capable de résoudre dès maintenant les problèmes existant dans le Tiers Monde".

Devant la riche collection d'arguments, étayés par de multiples références, les opposants aux OGM, traités d'idéologues à chaque fois qu'il en est question, reprendront, pour sûr, la querelle… ou le dialogue.   

AGIR