|
||||||||
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |
||||||||
![]()
![]()
|
Démocratie participative et OGM par F.Belon
La manifestation était organisée en trois parties. Tout d'abord, une introduction de l'exécutif régional, Monsieur Souchon, président du Conseil régional, et son vice-président à l'Agriculture. Ensuite, un reportage recueillant les réactions et réflexions d'un ensemble dit « représentatif » des Auvergnats. Enfin, plusieurs séries de questions de la salle, suivies de réponses d'«experts ». Le tout était animé par un journaliste que l'on qualifiera avec compassion de « fatigué».
L'élément qui m'a le plus frappé dans les réactions du panel d'Auvergnats fut la crainte évoquée par le mot OGM. Et celle-ci est justifiée par eux par un manque d'information. Je faisais le même constat quelques mois auparavant en préparant mon débat. Ce qui est inconnu inquiète, c'est humain et de bon sens. Mais pourquoi les personnes ne sont pas informées ? Monsieur Souchon a répondu, car à tous les maux un politicien a la même réponse : c'est la faute de l'adversaire. En ce moment, l'adversaire est appelé sous la dénomination « Gouvernement ». Son passif est très lourd puisque qu'il était déjà responsable de la canicule en 2003. Un peu de sérieux Monsieur Souchon, ce gouvernement a sans doute assez de défauts pour ne pas lui inventer des responsabilités « abracadabrantesques ». Si peu de personnes sont informées sur les OGM, c'est que peu de monde s'y intéresse. Et les journalistes sont les premiers désintéressés. Quitte à réaliser un sujet sur les OGM, allons montrer de l'action, des passions, des larmes. Montrons des faucheurs, leur star médiatique délinquant multi-récidiviste José Bové. La science c'est compliqué, ennuyeux, il faut faire un effort intellectuel. Mais une fable, le faible contre le fort, de l'action, de l'engagement, comme c'est confortable, on connaît l'histoire, les rôles sont bien fixés. Si vous avez aimé les anti-nucléaires et les protecteurs de bébés phoques, vous allez aimer les faucheurs. Les médias de masse ne s'adonnent qu'à cette fable dénuée de toute information, de toute analyse. Le gouvernement ne fait pas d'effort, les journalistes non plus, et les citoyens pas plus. Et la Région ?
La Région interroge pendant vingt minutes, tout au long du film, des personnes qui n'ont pas de réponses mais seulement des questions. Et s'ils ont des réponses, les OGM se résument à un complot, un mensonge afin de servir des intérêts financiers, on cite des multinationales..., cela ne mérite pas plus de commentaires. Ce qui mérite un commentaire, c'est le fameux panel représentatif. Dans les grandes lignes, la moitié des personnes interrogées sont au chômage, et une forte minorité sont des « travailleurs sociaux ». Alors soit ce panel n'est pas représentatif, soit la situation auvergnate est inquiétante. Là, mon sentiment premier de défiance vis-à-vis de la démocratie participative s'affermit. La démocratie participative, c'est le système où ceux qui ne travaillent pas ou peu parlent et décident au nom des autres. Dans la démocratie participative, tous les citoyens sont égaux, mais certains, ceux qui travaillent le moins, le sont plus que d'autres, aurait dit Orwell. L'ironie de l'histoire est que Lula, le Président du Brésil, ce pays pilote en termes de démocratie participative, de forum social et autres kermesses sociales, est un des pays à la pointe des cultures commerciales OGM. Ce point n'a pas échappé à une personne du public qui l'a relevé de manière appuyée dans son intervention.
Après ce document sans fin, voici la phase de la présentation des experts. Décevant. Pour les « anti -cultures OGM » : un scientifique qui utilise la génétique et les OGM, appuyé par un responsable de Greenpeace dont l'intervention fut plus que discrète. Entre parenthèses, ce dernier possédait une chevelure d'un aspect fort peu naturel, relique probable d'un contact avec des déchets nucléaires lors d'une action ou d'une consommation de substances illicites, lui donnant un air sympathique mais pas très crédible. Pour les « non anti-OGM » : un autre scientifique s'affichant comme non atteint par l'Inquisition contre cette innovation, mais ne débordant pas d'enthousiasme, accompagné d'un professeur en responsabilité et assurance qui n'a pas démérité.
Je plains le badaud qui voulait se faire une idée précise ou un tant soit peu claire de la question des OGM. Les thèmes des questions alternaient sans grande cohérence, les experts n'y répondaient pas ou peu, et le scientifique anti-cultures OGM monopolisait la parole, soutenu par une assemblée bien verrouillée par les faucheurs et leurs sympathisants. Le pauvre animateur en fut réduit à être ridiculisé et à se taire alors qu'il voulait recadrer le cours des interventions.
Le constat des déclarations des experts est le suivant. L'opposant aux cultures OGM voulait que ceux-ci restent dans des laboratoires aux seules fins de recherches fondamentales sans innovations agricoles, au nom du principe de précaution. L'autre expert affirmait que les OGM était une question complexe et qu'à l'heure actuelle, aucun risque n'était avéré, point sur lequel le spécialiste es assurance confirmait avec une expression piquante « il n'y a pas de risque (sous entendu identifié) ». Un point essentiel qui n'a pas assez été mis en valeur est qu'il n'y a pas de pro OGM, mais des personnes qui ne s'interdisent pas a priori un domaine, une boîte à outil, plus par idéologie que par résultats scientifiques.
Aucune information sérieuse sur les applications des plantes OGM, sur les risques (seulement la traditionnelle polémique sur l'indépendance ou la compétence de l'AFSSA(1)), sur l'encadrement législatif et réglementaire, ne fut transmise, encore moins sur le projet de loi en discussion. Quant à l'analyse de la réaction de l'opinion publique et aux réflexions et propositions, on n'en avait cure. Ce débat n'avait de justification qu'en lui-même. Il fallait un événement, donner l'impression qu'une information était donnée, le citoyen écouté, mettre le Conseil Régional en valeur alors que les propos de l'exécutif présent étaient vides d'analyses et de positions. Les OGM étaient un prétexte à une opération de communication coûteuse.
Un des rares points positifs fut la facilité avec laquelle on pouvait prendre la parole (bien qu'il ne faille pas attendre une réponse à ses propos). J'ai donc pu faire une brève intervention : « La science et le progrès sont la confrontation avec l'inconnu. Cet inconnu comporte par essence un risque. Refuser tout risque au nom du principe de précaution ne serait-ce pas refuser toute science et tout progrès ? De plus, le principe de précaution ne s'applique pas qu'aux OGM, mais à tous les produits. Personne n'a prouvé que le téléphone portable n'avait pas d'effets négatifs sur la santé humaine. Je n'ai jamais entendu parlé de groupes d'arracheurs volontaires d'antennes de téléphones portables... ». La présence de Danielle Auroi (2) à mes côtés ne fit que me conforter dans ma décision de prendre la parole. Si je ne l'avais pas reconnue au premier abord, ses commentaires m'ont vite confirmé sa personne. Je me suis alors amusé à aller de mes propres remarques dont je ne résiste pas à rapporter celle que j'estime la plus réussie. Alors qu'un scientifique expliquait les OGM en comparant les organismes à des usines et les gènes à des ouvriers, et qu'il prononçait la phrase « si on introduit de nouveaux ouvriers dans l'usine, ce n'est pas pour qu'ils regardent les anciens travailler », je me suis interrogé sur la possible présence du syndicat CGT au sein de ladite usine qui pourrait, le cas échéant, entraîner quelques négligences envers le travail à accomplir... Je crois que cette remarque fut appréciée à sa juste valeur par la conseillère régionale du Parti « pastèque », c'est-à-dire, vert à l'extérieur et rouge à l'intérieur.
Florent Belon
(1) AFSSA : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (2) Egérie locale des Verts, ancien député européen
|
|||||||
|
Fédération Liberté Chérie - 39 rue Henri Barbusse - 92000 Nanterre - 06.29.62.06.79 - liberte@liberte-cherie.com | ||||||||